Avec Gaston, l’humour se réclame

Par Philippe Degouy

Tout nouvel album avec Gaston Lagaffe s’accueille avec un plaisir identique. Pas besoin d’en faire de la pub. Certes, mais elle figure au premier plan de ces Gaffes en réclame (éd. Dupuis), BD qui retrace en plusieurs dizaines de planches les rapports de Gaston Lagaffe avec la publicité. Ce que l’on appelait auparavant la réclame.
On peut d’emblée s’interroger sur le pourquoi et le comment de l’implication de Gaston, plutôt anticapitaliste, non conformiste, dans ce monde qui lui ressemble si peu. Lui le rebelle à la société de consommation. Mais après tout, comme la pub, il vend du rêve et comment lui reprocher de vouloir en croquer, lui aussi. Il lui sera tout pardonné à Gaston. Y compris ses pubs pour les piles bidule. Ou cette fameuse lotion Petrole Scalp au guano pour laquelle il s’est fait raser la tête, l’obligeant à porter un bonnet pour cacher sa calvitie artificielle. Et quand Gaston imagine de nouveaux produits révolutionnaires, il peut compter sur Fantasio pour s’occuper de sa pub. Comme avec la poudre à lessiver Gastounu, qui dissout la saleté mais aussi les vêtements.
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On retrouve aussi dans cet album de véritables publicités dans lesquelles Gaston a prêté ses traits et sa bonne bouille juvénile. De quoi séduire une jeune clientèle. De la marque Priba à Omo en passant par Airtour, Piedboeuf ouSimca. Sans oublier cette fameuse pub pour l’instamatic de Kodak dans les années 70, celui que l’on offrait pour une communion à un ado. Nul doute qu’il doit encore traîner dans une malle du grenier.
Parmi ces pubs, certaines pourraient encore servir, et plus encore après la petite touche apportée par notre gaffeur. Comme dans cette campagne pour l’usage des transports en commun, avec un Lagaffe qui transforme un bus accordéon pour qu’il joue La Java bleue à chaque virage. Avouez que cela ajouterait une note plus sympathique dans nos villes rythmées par les coups de klaxon. Merci qui? Merci Gaston! M’enfin!

Gaston. Gaffes en réclame. Par Franquin et Jidéhem. Editions Dupuis,46 pages
Couverture : éditions Dupuis

Charles de Gaulle à livre ouvert

Par Philippe Degouy

Chacun connaît la passion du professeur François Kersaudy pour Churchill et le général de Gaulle. Avec Le Monde selon de Gaulle, il livre aux éditions Tallandier un second tome dédié au général. L’occasion d’en apprendre davantage sur cette grande figure de l’histoire française, au propre comme au figuré. Charles de Gaulle se découvre plus intimement avec ces centaines de citations remises dans leur contexte historique.
Des propos, modernes, qui illustrent la pensée gaulliste et classés dans de grandes thématiques qui n’ont rien perdu de leur force. Qu’il s’agisse de l’Afrique, des médias, de l’Europe ou de l’économie. En mars 1964, il dévoilait  un pan de sa politique de coopération, toujours valable en 2019 : « il devient de plus en plus insupportable que les uns soient voués à la misère, pendant que d’autres se roulent dans l’opulence. » Cynique à souhait, sa vision des eurocrates reste partagée par les eurosceptiques qui dénoncent notamment les avantages de la caste politicienne présente à Bruxelles : « tous ces bonhommes qui se prétendent européens se moquent complètement de l’Europe. Ce qu’ils veulent? Des places.  »

L’écologie et les soucis énergétiques ne sont pas oubliés. En témoigne l’avis, tranché, du général sur le nucléaire (civil ou militaire) et qui serait, aujourd’hui, source d’un débat plus que passionné : « ceux qui sont pour la sortie du nucléaire sont des individus résignés à l’abaissement. Être antinucléaire constitue le summum de l’imbécillité. »

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Quant à savoir si l’on peut tout prendre pour argent comptant, gardons en tête cet avertissement formulé par le général : « il ne faut jamais mentir, mais il n’est pas interdit de se montrer astucieux. »
Un livre qui se lit avec délice, pour le don de Charles de Gaulle à jongler avec la langue française et à alterner bons mots et saillies rédigées avec une plume trempée dans le vitriol.
« Ayant refermé l’ouvrage, chacun voudra conserver à portée de main les marques de la pensée et de l’arrière-pensée d’un homme d’Etat dont la comparaison avec les successeurs semble grandir chaque année la stature » conclut François Kersaudy.

« Ce qui m’importe, c’est ce que l’on pensera de moi dans deux générations : ai-je été utile à mon pays ou non? » (Charles de Gaulle)

Le Monde selon de Gaulle. Le général à livre ouvert. Par François Kersaudy. Editions Tallandier, 480 pages, 22,90 euros
https://www.tallandier.com/livre/le-monde-selon-de-gaulle-tome-2/
Couverture : éditions Tallandier

Quand Soeur Marie-Thé découvre l’amour

Par Philippe Degouy

Dix ans d’absence. Dieu sait que soeur Marie-Thérèse, alias Marie-Thé pour ses intimes, a manqué à son public durant cette traversée du désert. Mais il lui sera pardonné, son père spirituel, Maëster, a connu les affres de la maladie. Avec Julien Solé, il a repris la plume pour terminer cet album à quatre mains, lequel conserve le ton qui a fait le succès de la série. Décalé, drôle et provocateur. Si la religion et ses acteurs provoquent le rire, l’humour n’est pas dirigé contre eux mais avec eux. C’est impertinent, certes, mais pas méchant. On rit mais on se moque pas.

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Avec Ainsi soit-elle ! (éd. Glénat), Soeur Marie-Thérèse apprend à pardonner à son passé,  celui qui lui donnait son comportement colérique. Au point de distiller la bonne parole à grands coups de bourre-pifs et de coups de bottes rangers. Un sacré caractère que soeur Marie-Thérèse. Qui boit, fume, cogne et plus si affinités. Rien n’arrête Soeur Marie-Thé, pas même de tomber amoureux de Jésus dans cet opus. Un bel homme que ce Jésus, au point de lui donner « des moiteurs dans le sous-bois. »

Comme à son habitude, Maëster illustre ses planches de caricatures de personnages célèbres. Dans cet album Louis de Funès fréquente sur le même pied Soeur Emmanuelle, Gandhi, Joséphine Ange gardien ou l’abbé Pierre. Tous acteurs  de cette comédie où se découvrent également de nombreux jeux de mots et des allusions à des films célèbres. Comme avec cette séquence où Marie-Thérèse rejoue le rôle de Brigitte Bardot dans Le Mépris. « Tu aimes mes fesses? Et mes seins? Tu les aimes aussi? »
Un album qu’il faut lire au moins deux fois. Car tout est dans le détail.
Humour, calembours, private jokes, tout donne à lire une bonne BD, aussi joyeuse que l’apéro du dimanche midi d’après messe. Parfaite pour dérider tous les déprimés de la life.
L’album refermé, il reste à espérer qu’il ne faudra plus attendre si longtemps pour retrouver notre très chère Marie-Thérèse.

Soeur Marie-Thérèse. Tome 7 Ainsi soit-elle! Scénario de Maëster, dessin de Maëster et Julien Solé! Editions Glénat, 48 pages, 13,90 euros
Couverture : éditions Glénat

Qui êtes-vous chevalier d’Eon?

Par Philippe Degouy

France, 1753. Sous le règne du roi Louis XV. A l’abri des regards et des oreilles indiscrètes, le prince de Conti, propre cousin de Louis XV, et le comte de Broglie, détaillent ensemble la création de services secrets français. Un cabinet noir, baptisé « Le secret du roi ». Tout en parlant, le prince de Conti observe par la fenêtre un jeune homme à l’entraînement aux armes dans le parc du château. Solide mais terriblement féminin dans ses traits. Il s’agit du fils d’un nobliau déchu, Charles d’Eon. Séduit, troublé par ce jeune homme, le prince de Conti a l’idée de le prendre sous son aile pour servir la France d’une étrange façon. Il décide de l’envoyer à Saint-Pétersbourg, à la cour de l’impératrice Elisabeth 1ère. Grâce à ses traits androgynes, le chevalier d’Eon agira pour la France, mais déguisé en femme. Il devra pousser la Russie à signer une alliance avec la France. Les ennemis qui complotent contre la puissance française, et présents eux aussi à Saint-Pétersbourg, baisseront-ils la garde face à cette « femme » à l’allure inoffensive? Combien de temps le chevalier d’Eon réussira-t-il à garder sa couverture de mademoiselle Auguste?

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Avec Le chevalier d’Eon. La fin de l’innocence (éd. Glénat), ses auteurs reviennent sur l’histoire de l’espion le plus célèbre de l’histoire de France. Qui a fait couler beaucoup d’encre sur son genre. Le chevalier était-il une femme, un homme? Un angle qui n’a pas été repris par Alessio Lapo au dessin et le couple de scénaristes, Arnaud Delalande et Simona Mogavino. Pour eux, le chevalier d’Eon est un homme qui joue de son statut ambigu pour gravir l’échelle sociale, retrouver la place perdue par son père dans la noblesse. Tout en servant la France. Quitte à devoir peut-être se glisser dans le lit du puissant prince de Conti, lequel cache peu son attirance pour son mignon.

Une excellente BD historique, qui se savoure avec grand plaisir mais réclame du temps de lecture. Ainsi qu’une certaine connaissance de l’histoire, pour mieux l’apprécier et comprendre les méandres de la diplomatie européenne du 18e siècle. C’est dense mais passionnant. On s’amuse à dénouer cet écheveau politique proposé par les scénaristes. L’intrigue est solidement charpentée par Arnaud Delalande et Simona Mogavino. Un récit à base de complots, d’alliances et articulé autour de ce jeune chevalier travesti pour qui le lecteur ressent d’emblée de l’empathie.

Un premier album réussi, première base d’une trilogie. Bonne nouvelle, le deuxième tome est déjà prévu pour ce mois de novembre. L’occasion de découvrir comment mademoiselle Auguste se débrouillera pour servir la France sous ses atours féminins.

Le chevalier d’Eon. Tome 1/3. La fin de l’innocence. Dessin d’Alessio Lapo. Scénario d’Arnaud Delalande et Simona Mogavino. Editions Glénat, 56 pages, 14,50 euros environ
Couverture : éditions Glénat

Une DS entrée directement au Panthéon

Par Philippe Degouy

Lancée au Salon de l’auto de Paris en 1955, celle qui fut surnommée « la Baleine » a su séduire d’emblée son public, conquis par son look et ses performances sur route. Pour la petite histoire, à la fin de la première heure du salon, près de 1000 bons de commande étaient déjà signés.
Rédigé par Rogé Rémond au texte et Etienne Crébessègues pour les illustrations, Citroën DS. L’avant-garde française (éd. ETAI) retrace l’histoire d’une légende. Un beau livre  rédigé par deux amoureux de la DS qui n’ont de cesse de célébrer celle qui fut pendant longtemps la voiture de la bonne bourgeoisie et des présidents français. Comment oublier que sa tenue de route et sa technologie ont probablement sauvé la vie du général de Gaulle en 1962 lors de l’attentat du Petit-Clamart? Sans oublier non plus le sacré coup de volant du chauffeur.

Une voiture qui a aussi marqué de son empreinte plus d’un classique du cinéma français. Des Valseuses à Rabbi Jacob en passant par Fantômas ou Le Samouraï, conduite par Alain Delon. Avec des textes accessibles à un large public, ponctués de nombreuses anecdotes, ce beau livre se lit autant qu’il se regarde. Avec ses belles photos qui présentent les différentes versions de la DS sous toutes les coutures.

CITRONOK
Voiture de notable certes, mais non dépourvue d’esprit sportif. Comme en témoigne le chapitre consacré à la DS en compétition. Une solide bête de course, endurante. Parfaite pour les rallyes les plus difficiles. Du Monte Carlo au rallye du Maroc en passant par le rallye Liège-Sofia-Liège. Et la preuve en images historiques.
Une déesse à l’aise partout, en ville comme à la campagne et qui pourrait en remontrer à ses descendantes. Aujourd’hui encore, on se retourne inévitablement sur son passage. Il faut dire qu’à l’ère de l’auto uniforme, la Citroën DS ne manque pas d’atours, ni de charme.  Comme un cliché d’un passé lointain qui rappelle des bons souvenirs. La DS, une ambassadrice immortelle du charme français? Et comment.
Encore un beau livre à placer sous le sapin en fin d’année. Il trouvera son public.

Citroën DS. L’avant-garde française. Texte de Rogé Rémond, photographies de Etienne Crébessègues. Editions ETAI, 161 pages
Couverture : éditions ETAI

 

Visiter l’Ouest américain pour 9,95 euros

Par Philippe Degouy

Nouveauté de la collection Simplissime des éditions Hachette, cette découverte des parcs nationaux de l’Ouest américain ravive tous nos souvenirs de westerns. Un guide qui propose une découverte de ce joyau naturel des Etats-Unis en deux circuits. L’un articulé autour de San Francisco, l’autre de Denver. Et oui, il vous faudra effectuer un choix cornélien. N’essayez pas de réaliser les deux parcours en un voyage. Visiter l’Ouest américain n’est pas un rallye. Il faut prendre son temps, pour mieux savourer ces paysages grandioses qui ont inspiré tant de classiques du cinéma. Un chapitre du livre vous propose d’ailleurs de découvrir les lieux de tournage de films mythiques.
simplissime
Ceci dit, ce qui constitue la valeur première de ce guide Hachette, c’est sa polyvalence. Le public visé est à la fois celui des Routards et celui des touristes plus argentés. Les adresses proposées le démontrent aisément. A vous de choisir les adresses selon votre budget. Du camping à l’hôtel en passant par le motel ou le lodge. Autre point d’excellence, les textes courts et précis. Les auteurs vont à l’essentiel avec des choix typiquement américains, bien illustrés. Pour vous donner envie de tailler la route.

Très bonne idée également et rarement lue ailleurs, un bref mode d’emploi de la conduite d’une voiture automatique et des règles de conduites typiquement américaines. Pour un Européen habitué à une boîte manuelle, débarquer aux States après un long vol et prendre la route sans explication peut être…difficile au début. Bien utile aussi la présence des kilométrages accompagnés de la durée de conduite moyenne. C’est bien vu.
L’un des multiples conseils de ce guide pratique et dont le premier est à garder en tête si vous comptez goûter à l’American way of life : un voyage dans l’Ouest s’anticipe longtemps à l’avance. Pour les vols, l’hébergement. Notamment.

Un guide rempli jusqu’à la dernière page de conseils pratiques. Et tout cela pour une poignée de dollars. Go West !

Parcs nationaux de l’Ouest américain. Simplissime. Par Delphine Givord et Jean-Philippe Cavaillez. Editions Hachette Tourisme, 224 pages, 9,95 euros.
Couverture : éditions Hachette
Photos thématiques : Philippe Degouy

Adapté d’après Stephen King

Par Philippe Degouy

Avec plus de 350 millions d’ouvrages vendus depuis 1974, Stephen King reste incontournable dans l’édition. Une oeuvre importante qui ne pouvait pas manquer d’inspirer les réalisateurs. Dans leur Anthologie de Stephen King à l’écran (éd. Hachette Heroes), Matthieu Rostac et François Cau explorent, de façon encyclopédique, les multiples adaptations réalisées d’après l’oeuvre du King du Maine.
« Nous avons voulu décortiquer l’articulation entre adaptation et trahison et surtout revenir au sujet primordial, Stephen King lui-même » déclare Français Cau. « King doit beaucoup au cinéma, de la même manière que le cinéma d’horreur doit beaucoup à l’auteur » ajoute encore Matthieu Rostac. Deux auteurs qui ne manquent pas non plus de rappeler toute l’importance de l’épouse de Stephen King, Tabitha, à la fois première lectrice et sorte de guide spirituel.

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Un ouvrage qui se révèle très sympa, avec une mise en page moderne et plus qu’agréable. Force est de constater que le graphisme et les dessins de Guillaume Brindon font merveille.
Pour chaque film et série présentés, les auteurs ont relevé les changements par rapport à la version écrite, tous les Stephen King-ismes, le tout sur fond de critiques cinématographiques. Souvent sévères. Appelons un navet un navet quand il le faut.
Il n’est pas si évident d’adapter sur grand ou petit écran des oeuvres souvent rédigées sous influence. Ceci dit, Stephen King peut se vanter d’être l’auteur vivant le plus adapté, avec quelque 80 transpositions de ses romans et nouvelles.

Au terme de cette lecture, qui revisite un univers qui donne la part belle aux petites villes des Etats-Unis, on ne peut que remercier les auteurs pour leur travail. Par leurs avis et critiques éclairés, ils nous épargnent le risque de visions de films et séries inutiles. Pour mieux se recentrer sur les adaptations réussies des oeuvres du maître de l’horreur. Comme Dead Zone, Carrie au bal du diable, La Ligne verte, Christine, Shining ou d’autres classiques. Avec également l’envie de se risquer dans des chemins de traverse, par pure curiosité. Et faites surtout attention aux plaques d’égout un jour de pluie.

D’après une histoire de Stephen King. Anthologie de Stephen King à l’écran. Par Matthieu Rostac et François Cau. Editions Hachette Heroes, 285 pages, 19,95 euros
Couverture : éditions Hachette Heroes