Les maths? Omniprésentes dans votre quotidien

Par Philippe Degouy

Mathématicien et médiateur scientifique, Robin Jamet aborde une thématique qui risque d’effrayer plus d’un lecteur : les maths. Son approche mérite pourtant que l’on s’y intéresse, en délaissant le côté émotionnel. Avec Les maths au quotidien (éd. Flammarion), l’auteur s’amuse à démontrer que les mathématiques se révèlent propices au jeu. Même si elles sont et resteront pour beaucoup d’entre nous, comme un fruit exotique : que l’on aime ou que l’on déteste.
Partout où se pose le regard, une formule mathématique surgit. « Même en pleine nature, la déformation professionnelle du mathématicien lui fera voir des nombres partout » souligne l’auteur en guise de préambule.

Un ouvrage qui a choisi l’angle ludique pour atteindre son but : démonter le côté abscons des maths. Des théories, des notions a priori hermétiques se transforment en jeux. Comme avec les nombres triangulaires. Vous ne connaissez pas? Et pourtant, expliqués par l’auteur, ils pourraient vous servir lors d’une future soirée entre amis. Pour dénombrer, sans erreur, le nombre de fois que des verres s’entrechoqueront lors du salut des convives.
De nombreux encadrés ludiques et/ou informatifs permettent de profiter de pauses (bienvenues). Ainsi, savez-vous de quand date la création du premier ordinateur? La réponse risque de vous surprendre. Des jeux sont aussi prévus pour amuser les enfants. Pour leur apprendre, notamment à devenir un champion au jeu des allumettes ou à dessiner facilement une ellipse. Certes, certaines notions, pourtant bien expliquées, risquent de provoquer plus d’une migraine aux lecteurs peu versés dans les sciences. Comme les fractales. Au fil de la lecture, une évidence se fait jour. L’auteur a vraiment raison de répéter que les mathématiques s’intéressent à tout. Oui, à tout. Y compris à la forme des flocons de neige ou au design de votre carrelage de cuisine. « Dès qu’un mathématicien observe le monde, il en tire un objet mathématique » explique Robin Jamet en guise de conclusion à un ouvrage accessible au plus grand nombre.

Les maths au quotidien. De la maison à la ville. Le monde en mathématiques. par Robin Jamet. Editions Librio, 96 pages.
Couverture : éditions Librio

https://editions.flammarion.com/les-maths-au-quotidien/9782290229927

Lino et Mouky, un amour forgé par la guerre

Par Philippe Degouy

Juin 1936. Lino Ventura, jeune immigré italien de 16 ans, découvre qu’il existe un plaisir encore plus intense que la lutte dont il veut faire son métier : l’amour pour la belle Odette. Une jolie jeune femme rencontrée à Paris. Une union indestructible se met en place entre les deux amoureux. Mise à mal quand le jeune Lino sera obligé, quelques années plus tard, de quitter Paris pour rejoindre l’Italie et la caserne où il devra servir son « pays », désormais en guerre avec la France. Sur place, le soldat Lino n’a qu’une envie : rejoindre sa belle à Paris. Mois après mois, Lino affronte la bêtise de l’administration militaire pour tenter d’obtenir l’autorisation. Après chaque refus, il se relève. Pour se réfugier dans l’écriture de lettres adressées à sa Mouky, surnom d’Odette, et reprendre un peu de moral.
Et puis un jour, une éclaircie se dessine enfin. Le feu vert pour le voyage à Paris est accordé. Pour Lino, une décision s’impose. Qui risque de le mettre en danger… Inutile d’en dévoiler davantage quant à l’intrigue de ce roman. Qui se lit avec bonheur, par le ton joyeux du récit, contrepoids à la noirceur de ces années 40 pour le moins funestes.

De Lino Ventura, chacun garde cette image de dur à cuire. Mais c’est oublier que derrière ce cliché se cache également un homme sensible, meurtri.
Attends-moi mon amour (Flammarion), roman rédigé à quatre mains par Clelia Ventura et son fils Léon, invite à visiter la jeunesse de la star. Avec ses années de guerre qui ont forgé son caractère, son amour pour Odette et ce besoin de respect affiché en permanence. Un récit de fiction largement inspiré des archives familiales. Que l’on lit, mais que l’on écoute surtout. Tant résonne, page après page, la voix inoubliable de Lino Ventura. Y compris dans la reproduction des lettres échangées avec sa Mouky à qui il voue une passion extrême.

Un passé de jeune Italien « prisonnier » de son époque et de l’absurdité de son pays fasciste, que l’on retrouve par bribes dans ses films. Pour qui a lu le roman et vu la filmographie de Lino Ventura, certains dialogues et certaines situations présents dans ses films reviennent en mémoire. Comme dans L’Aventure c’est l’aventure, où Lino n’en peut plus de cette vie de bohême et s’écrie sur le voilier loué avec Jacques et ses potes : « moi je veux revoir Paris, Paris, Paris. » Exactement comme le Lino de la sombre caserne italienne qui n’a qu’une idée en tête : rejoindre Paris pour sa chère Mouky. Dans L’Armée des ombres, Lino Ventura, alias Philippe Gerbier, refuse de courir devant les mitrailleuses allemandes pour ne pas montrer sa peur aux boches. Une scène qui en rappelle une autre, présente dans le roman. Celle où Lino refuse de céder à la peur et de descendre dans l’abri lors d’une alerte aérienne. Les exemples pourraient se multiplier. Par jeu.
Une agréable lecture qui permet de retrouver le destin d’un jeune immigré Italien qui a lutté, au propre comme au figuré, pour se forger un destin hors du commun. Et déjà promis par cet officier italien, réel ou fictif, qui lui avait dit dans ce sombre bureau de caserne « qu’il irait loin. »

Attends-moi mon amour? Un joli portrait de Lino Ventura qui pourrait amener une adaptation au cinéma. Avec, pourquoi pas, le jeune Léon Ventura dans le rôle de ce grand-père qu’il n’a pas connu ailleurs que sur les écrans.

Attends-moi mon amour. Roman de Clelia et Léon Ventura. Editions Flammarion, 336 pages, 21 euros
Couverture : éditions Flammarion

https://editions.flammarion.com/attends-moi-mon-amour/9782080239624

Airborne 44, l’enfer pour les black boys

Par Philippe Degouy

Nice, août 1944. La ville est libérée. Américains et Français fêtent ensemble l’événement. Mais voir des Françaises dans les bras de soldats noirs ne plaît pas à tout le monde. Pour Jared Jay Webb, GI sudiste, cela se traduit par le passage à tabac du musicien Virgil Burdette, surpris dans les bras d’une jeune niçoise. De victime, Burdette devient responsable de la rixe aux yeux de son supérieur. Muté, il est envoyé en première ligne pour le sale boulot. « Tu sais pourquoi les Blancs nous cantonnent presque tous aux tâches subalternes, loin des combats? Ils ne veulent pas qu’on deviennent des héros pour ne pas à avoir à nous respecter » explique Virgil à un autre GI noir. En route, Virgil rejoint Paris pour retrouver la famille de ce père qu’il souhaite mieux connaître. Une escapade chèrement payée par des jours d’arrêt. Les mois passent, Virgil et Jared sont réunis, par hasard, dans les forêts d’Ardenne. La haine de l’un pour l’autre s’est apaisée. Plongés au coeur de l’offensive allemande, les deux hommes vont assister au massacre de soldats américains noirs par des fanatiques SS. Sans armes et sans vivres, Jared et Virgil doivent s’allier pour rejoindre leurs lignes…

On ne soulignera jamais assez la qualité de cette saga Airborne 44 qui entame une cinquième saison avec Black Boys (éd. Casterman), une histoire en deux tomes. Philippe Jarbinet, dessinateur et scénariste de la série, revient sur une thématique pour le moins délicate et d’actualité. Le sort de la communauté noire aux Etats-Unis. « Ce cinquième diptyque m’a quasiment été imposé par l’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Son racisme décomplexé ainsi que sa volonté absurde de vouloir diviser le monde m’ont poussé à me replonger dans cette histoire terrible des 11 soldats noirs exécutés dans le petit village de Wereth au début de la bataille des Ardennes » explique Philippe Jarbinet.
Un album annonciateur d’une suite, déjà attendue pour découvrir ce que vont devenir Jay et Virgil, seuls dans cet enfer blanc et encerclés par les diables SS. « Les personnages de Virgil et Jared sont nés de ces soldats noirs et blancs venus perdre leur vie chez nous, en Europe » précise l’auteur. Son scénario, basé sur une solide documentation, prouve également que l’on n’a pas encore tout dit au sujet de cette bataille, nettement moins médiatisée que la campagne de Normandie de l’été 1944. Qui, en effet, se souvenait de l’action retardatrice du lieutenant américain Eric Fisher Wood Jr, devenu véritable guérillero des Ardennes. Son bilan de quelque 300 Allemands abattus est encore sujet à caution mais qu’importe. Voilà un héros dont les exploits sont salués par une plaque déposée sur le théâtre de ses coups d’éclat. L’officier est enterré au cimetière américain d’Henri-Chapelle.

Un album qui ne peut qu’apporter satisfaction à ses lecteurs avec un récit bien construit, aux dialogues sans langue de bois et aux scènes d’action réalistes. Il n’y a pas de héros dans Airborne 44. Juste des soldats qui n’ont qu’une idée en tête : survivre et rejoindre leurs foyers.

Airborne 44. Black Boys. Dessin et scénario de Philippe Jarbinet. Editions Casterman, 64 pages. 14,50 euros
Couverture : éditions Casterman

https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/albums-airborne-44/airborne-44-9-black-boys

La guerre est un dédale bien mystérieux

Par Philippe Degouy

Où s’en vont les âmes des guerriers ? Pour le narrateur défunt de ces Petites mémoires d’outre-guerre (éd. du Rocher), la réponse ne manquera pas de l’étonner : le Walhalla se trouve en plein coeur de Paris. Et plus précisément aux Invalides. Quelle drôle d’idée. « Je pensais qu’une fois mort, on traversait un long tunnel de lumière. En fait, rien de tout cela, je me trouve dans la cour d’honneur des Invalides. » Une voix (Dieu?) l’invite alors à déambuler dans le dédale mystérieux de la guerre et de son brouillard. En quête de la vérité de la guerre. Pourquoi la fait-on? Pour qui faire couler le sang?

Une histoire de la guerre à travers les siècles racontée par ceux qui ont combattu dans le camp des vainqueurs comme des vaincus. Pourquoi la guerre? Des propos tenus avec le recul permis par l’éternité, par Rommel, Guderian, Joukov, le comte Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert… Autant de figures présentes dans ce paradis, « qui semble un monde surréaliste où des généraux finissent par avoir des dialogues de malades psychiatriques. »

Breveté de l’école de guerre et ancien commandant du service action de la DGSE, le général Le Nen livre un nouvel ouvrage pour le moins original. Avec un narrateur, mort au champ d’honneur, ou du moins le pense-t-il, qui se retrouve dans la cour d’honneur des Invalides. Pour une série de rencontres fortuites avec les chefs de guerre qui ont marqué de leur empreinte sanglante l’histoire. Tous apportent leurs avis sur l’art de la guerre. Sans fard. « Au paradis des soldats, personne ne peut plus mentir sur la guerre. Qu’elle soit conventionnelle ou clandestine. » Des généraux narcissiques ou plus raisonnables. Comme avec cette vérité imparable rappelée par Joukov ; « nous ne sommes rien sans le courage et le dévouement de nos soldats. A la fin, ce sont toujours eux qui tiennent la victoire ou la défaite au bout de leurs fusils. »
Rencontre après rencontre, le narrateur, nourri de souvenirs, de témoignages, va retenir la leçon distillée par les anciennes gloires : « ici-haut, toutes les âmes se valent. »

Un ouvrage épatant, passionnant à plus d’un titre et à la conclusion pour le moins surprenante. « Dans notre métier (de soldat) on meurt toujours par amour. Pour son pays, ses camarades, le drapeau de son régiment… »

Petites mémoires d’outre-guerre. Général Nicolas Le Nen. Editions du Rocher, 163 pages, 15,90 euros
couverture : éditions du Rocher

https://www.editionsdurocher.fr/livre/fiche/petites-memoires-d-outre-guerre-9782268104713

Game over? Kill the Blorks

Par Philippe Degouy

Force est de constater que la série Game Over (éd. Mad Fabrik) imaginée par Midam n’a toujours pas perdu de sa force au fil des ans. En témoigne Attack of the Blorks, pas réellement une nouveauté mais un condensé des meilleurs gags articulés autour de ces aliens. Une saga initialement destinée à un jeune public mais qui a su dépasser les frontières entre générations, avec des gags à plusieurs niveaux de lecture. Un univers geek à l’humour gore. Et bien dans l’air du temps où le jeu vidéo enregistre un succès phénoménal avec les multiples confinements.

Entre les Blorks, créatures aussi bêtes que têtues, et le petit barbare, courageux mais guère plus malin, s’est développée une relation particulière. Comme un jeu où chacun tente d’annihiler l’autre de la façon la plus radicale. Et à ce jeu, le petit barbare n’a pas souvent le dernier mot face à un adversaire supérieur en nombre et réactif, à défaut d’être subtil. Les Blorks comme le petit barbare, finissent régulièrement découpés, hachés, brûlés, acidifiés, au choix… Il faut d’ailleurs saluer toute l’imagination de l’auteur et mise au service de cette mise à mort (pour rire).
Un petit barbare guère aidé par la jolie princesse de rose vêtue. Jolie, mais idiote au plus haut point, et pour qui le petit barbare traverserait l’enfer. A défaut d’atteindre le mot Exit.
Des gags sans paroles réunis pour notre plus grand plaisir dans ce nouvel opus, axés sur le comique de situation. A noter le clin d’oeil adressé par Midam à André Franquin avec des planches signées et animées. Une BD qui fait le job. Divertir son public. Et en ces temps troublés, la mission est essentielle. Game Over? Play again.

Game over. Attack of the Blorks. Dessin de Midam et Adam. Scénario de Midam. Edition Mad Fabrik, 48 pages, 10,95 euros
Couverture : éditions Mad Fabrik

https://www.glenat.com/mad-fabrik/game-over-attack-blorks-9782344047781

Histoire du garçon qui voulait qu’on l’appelle Courgette

Par Philippe Degouy

Il était une fois un petit garçon nommé Icare, mais qui voulait qu’on l’appelle Courgette. Le ciel gris ne fait pas rêver Icare, loin de là. Synonyme de misère et de cauchemars. Courgette souhaite l’abattre avec un vieux revolver trouvé chez lui. Courgette vit avec sa mère, handicapée, violente et alcoolique. Lors d’une nouvelle dispute, un coup de revolver est tiré. Par accident. Mais fatal à la maman. Désormais seul, le jeune Courgette est placé dans un foyer pour jeunes délinquants. Il va y découvrir l’amour, pour la jolie Camille. Mais aussi l’amitié, celle de Raymond, le gendarme qui l’a amené au foyer. Et qui vient le voir chaque semaine. Raymond est veuf, et vit avec son fils. Au fil des semaines se développe un projet dans la tête de Raymond. Pour sortir Courgette de sa condition difficile. La vie n’est peut être pas aussi pourrie finalement…

Si la mission première de la BD est de divertir, elle peut aussi devenir un excellent vecteur pour susciter l’émotion et amener la réflexion sur différentes thématiques. En témoigne ce roman graphique, Autobiographie d’une courgette, publié aux éditions Philéas. Une adaptation du roman homonyme de Gilles Paris réalisée par Ingrid Chabbert au scénario et Camille K au dessin. L’émotion présente dans ce roman à succès, déjà adapté au cinéma, est parfaitement restituée dans cette BD destinée à tous les publics. Le récit se révèle loin d’être drôle, certes, mais comment ne pas craquer pour le jeune Courgette, désormais seul au monde depuis la mort de sa maman. Même violente et alcoolique, il l’aimait tellement. Ce gamin, on a tellement envie de le réconforter. De le sortir de ce foyer dans lequel il a été placé.
Le scénario prend le lecteur aux tripes. Et rappelle combien la vie peut être cruelle pour certains enfants qui n’auront jamais la vie rêvée d’une famille classique. Une thématique de la violence faite à l’enfance servie par le récit d’Ingrid Chabbert. Et illustrée par Camille K, qui a choisi un dessin naïf semi réaliste avec des couleurs pastel. Pour apporter un peu d’éclaircies dans le drame vécu par Courgette. Une BD poignante mais non dénuée de moments d’humour, parfaite pour amener un débat intergénérationnel au sein de la famille.

Autobiographie d’une courgette. Scénario d’Ingrid Chabbert. Dessin de Camille K. Editions Philéas, 128 pages. 17,90 euros
Couverture : éditions Philéas

Séjourner dans des lieux d’exception

Par Philippe Degouy

Dans l’attente de pouvoir repartir à la découverte du monde, proche ou lointain, il n’est pas interdit de rêver et de faire des projets d’évasion. Publié aux éditions du Chêne, Séjourner dans un lieu singulier n’est pas un guide de voyage traditionnel, mais un beau livre rédigé par Patrice Besse, directeur d’un groupe immobilier éponyme spécialisé dans la vente de biens d’exception. Ce sont 50 lieux choisis en France, en Suisse, en Italie et au Portugal qui composent cette invitation au voyage dans des cadres exceptionnels. Eloignés des grands circuits touristiques habituels. Chaque adresse, richement illustrée de clichés en couleur, est munie d’une présentation historique mais aussi conceptuelle. Pour permettre au lecteur-voyageur de s’imprégner du lieu et de son histoire. Chaque sélection est accompagnée des bons plans disponibles dans un rayon raisonnable autour du bien sélectionné. A noter la petite touche sympa, la parole donnée aux propriétaires pour convaincre le lecteur de poser ses valises chez eux. Un encadré permet de prendre connaissance des coordonnées des propriétaires et des tarifs de location. Des adresses de standing qui ont un prix mais sans excès. Des biens immobiliers d’exception qui témoignent de la volonté d’hommes et de femmes de ne pas vouloir qu’ils sombrent dans l’oubli. Tous ont investi ce qu’ils pouvaient pour redonner une nouvelle vie à ces biens du passé qui ne méritaient pas de tomber dans l’oubli. Et le résultat est bluffant, superbement illustré dans ce beau livre.

Parmi les types d’habitation vous avez le choix entre des châteaux, des habitations troglodytes, des écoles reconverties, des chapelles, des maisons de maître, un couvent, un moulin, un chalet d’alpage modernisé… Autant de lieux authentiques où passer un bon moment en famille, pour se ressourcer.
Parmi les nombreux coups de coeur ressentis, citons le Prieuré de Saint-Symphorien à Bonnieux. Une ancienne abbaye du XIe siècle située dans le village où repose à jamais l’acteur Maurice Ronet et à deux pas du château de Lacoste, ancienne demeure du sulfureux marquis de Sade. Cap au Sud pour la Casale di Cellole à Sienne pour profiter de toute la richesse de la Toscane. Que voir et visiter sur place? Tout.

De cette lecture riche en anecdotes, on en ressort ragaillardi par la multitude d’anecdotes et de bons plans collectés par un auteur qui sait y faire pour vendre son produit. C’est simple, on a envie de tout voir, tout tester. Pourquoi pas au fond, bientôt.

Voyager, oui mais autrement, dans un cadre authentique

Séjourner dans un lieu singulier. Pour une nuit, une semaine ou un mois. Par Patrice Besse. Editions du Chêne, 277 pages, 29,90 euros
Couverture : éditions du Chêne

https://www.editionsduchene.fr/chene/sejourner-dans-un-lieu-singulier-9782812320699
www.patrice-besse.com

Insulter (les cons) n’est pas jouer

Par Philippe Degouy

« Oui, l’homme est bon… à une consonne près. »

Après Gouvernés par des cons ou On ira tous au paradis sauf les cons, Yannick Chatelain, alias Tonvoisin, poursuit dans la thématique. Avec la sortie d’un manuel d’autodéfense face aux cons et autres malfaisants : Répliquons. L’art de répondre aux cons (éd. Pygmalion). Vivre heureux, soit, mais pas caché. Son document, l’auteur le résume par « la maîtrise de l’art de ne pas se laisser emmerder. »
Comment? Par l’apprentissage de techniques de riposte, simples mais efficaces. Un manuel composé de 26 règles à suivre. Dont voici un petit florilège : N’ayez jamais le dernier mot (règle 25), Soyez laconique comme un Spartiate (règle n°12) ou Se taire vaut parfois mille mots (règle n°8). Face au con, deux options se présentent : répondre ou faire le marchand : encaisser et rendre la monnaie plus tard. Pour reprendre une expression de l’auteur.

Accompagné de maîtres du mot juste et percutant, de Winston Churchill à Oscar Wilde en passant par Sénèque ou Sacha Guitry, Tonvoisin apprend à faire face aux attaques verbales, aux situations délicates générées par les imbéciles. Avec les pièges à éviter pour ne pas entrer dans leur jeu. Comme la colère, ce réflexe premier. « On ne réplique pas à la déraison par de la déraison » précise Tonvoisin, qui rapporte aussi les propos attribués à Schopenhauer : « les animaux à sang-froid sont les seuls venimeux. »

Autre piège à éviter, celui d’imiter les maîtres. « Apprendre, ce n’est pas plagier! Une réplique apprise par coeur est comme un soufflet froid qui s’effondre » explique ainsi l’auteur. Et si aucun bon mot ne vous vient à l’esprit, misez sur le silence, votre meilleure arme. « Il y a toutes sortes de bons mots. Parfois le silence en est un, et même le meilleur. Face à une colère excessive, le silence se suffit à lui-même pour exaspérer le con. »

Sa lecture achevée, que retenir de ce document à la fois ludique et utile? Que les cons sont comme les virus : « vous devrez vivre avec. » Et si vous n’y arrivez pas, pourquoi ne pas imiter Ernest Hemingway? « Un homme intelligent est parfois obligé d’être soûl pour passer du temps avec les imbéciles. »

Répliquons (Réplicons). L’art de répondre aux cons. Par Tonvoisin. Editions Pygmalion, 208 pages, 15 euros
Couverture : éditions Pygmalion

https://www.editions-pygmalion.fr/replicons/9782756432090

Retex d’un général au sein des forces spéciales

Par Philippe Degouy

Quand on parle de forces spéciales en littérature, il y a deux écoles. La version américaine avec des récits guerriers, gonflés à la testostérone. Et la française, plus posée même si les missions racontées ne sont pas moins délicates et importantes.
Au coeur de l’actualité depuis le début de la guerre contre le terrorisme en 2001, les forces spéciales ne manquent pas de soutien au sein de la grande Muette. En témoigne ce document, Soldat de l’ombre. Au coeur des forces spéciales (éd. Tallandier) rédigé par le général Christophe Gomart et le journaliste Jean Guisnel, spécialiste des questions de défense.

Pour paraphraser Michel Audiard, quand un général s’exprime sur plus de 36 ans passés au sein de l’armée, on l’écoute. Ou, dans ce cas précis, on le lit. Pour pénétrer en sa compagnie dans les coulisses de missions, réussies ou pas, menées aux quatre coins du globe. Des missions au coeur des forces spéciales, parfaitement résumées en quelques mots : « Je suis ici pour une chose : faire mon métier. Servir mon pays là où il m’a envoyé. » Des forces spéciales qui offrent plus d’un avantage au gouvernement qui doit en faire l’usage pour résoudre un problème dans lequel sont impliqués la France ou ses ressortissants. « Elles peuvent être engagées dans un délai très bref, elles offrent une garantie raisonnable de succès et leur action peut être annulée jusqu’au dernier moment » précise le général. Bien loin de vouloir faire péter ses galons dans le récit. Son ouvrage de mémoires peut être lu comme un Retex (retour d’expérience, dans le jargon mili) rédigé à tête reposée, dénué de l’adrénaline qui suit le retour de mission. « Après 36 ans de loyaux services, j’ai pensé que le temps était venu de prendre le chapeau mou et de raconter mon parcours. Je ne vais pas cacher que j’ai trouvé bien des satisfactions dans ma carrière. et aussi du plaisir. » Mais aussi de la tristesse quand des opérateurs des FS ne sont pas revenus de leur engagement. Des disparus omniprésents dans ce récit, comme le dernier hommage à leur rendre.
Plus que des mémoires, qui font voyager d’Afrique au Moyen-Orient en passant par les Balkans, cet ouvrage répond aussi à la question, celle de connaître la manière dont ces forces spéciales peuvent s’intégrer au bon fonctionnement de la démocratie.

Un ouvrage passionnant, qui peut se refermer sur une citation choisie par l’auteur, celle de Bertolt Brecht : « celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Sans oublier un encouragement destiné à tout un chacun : « rien, jamais, n’est impossible. »

Soldat de l’ombre. Au coeur des forces spéciales. Par Christophe Gomart avec Jean Guisnel. Editions Tallandier, 384 pages, 19,90 euros
Couverture : éditions Tallandier

https://www.tallandier.com/livre/soldat-de-lombre/

Adamante, n’étais-tu qu’un rêve?

Par Philippe Degouy

« Cette crise nous donne l’espoir de stopper le projet de dissolution des peuples par leurs élites.« 

Province du Québec. La mystérieuse sphère noire découverte lors d’un chantier attire l’attention du monde entier et alimente les réseaux sociaux. Tout autant que la colère des tribus amérindiennes locales qui cherchent à revendiquer le droit de propriété de la découverte effectuée sur leurs terres. Une sphère qui protège un sarcophage, occupé par une mystérieuse femme au visage caché par un masque. D’où vient la sphère? Qui est cette belle inconnue? D’où vient-elle? D’une autre planète ou d’une autre époque? Remis de ses graves brûlures après l’explosion survenue sur le site (lire le tome 1), Roy Koks tente de tisser des liens avec cette femme pour qui il ressent quelque chose, d’indéfinissable. Comme si la personnalité de l’inconnue avait été téléchargée au plus profond de son cerveau. Peu à peu, la jeune femme communique et livre son nom : Adamante. Et son histoire. « Avec les explications et les visions d’Adamante, il était impossible de savoir si on voyageait dans le temps ou si on était ailleurs, sur un autre monde... » De quoi alarmer les autorités, inquiètes des conséquences de cette arrivée sur Terre. Quand la peur est présente, la raison s’efface. Ce que l’on nomme le syndrome alien. « Il n’était plus question d’examiner le phénomène mais de le détruire. » Une attaque nucléaire ciblée est donc programmée pour détruire celle qui est jugée comme une menace pour la paix….

Suite et fin, hélas, du diptyque Kebek, Adamante livre les secrets tant attendus à la fin du premier tome. Mais les réponses fournies jouent avec notre raison. Sommes-nous dans le réel, le rêve? Dans le passé, le futur? Sur autre planète? L’auteur, Philippe Gauckler, semble jouer avec ses lecteurs, pour les désorienter avec des non-dits, des flashbacks fréquents. Il est fortement conseillé d’avoir lu le premier tome pour comprendre le second. A la fin, une question finale se pose : Adamante, n’étais-tu qu’un rêve? Et peu importe au fond, le plaisir de lecture l’emporte sur la réponse. On reste séduit par cette histoire de rencontre, d’amour entre deux êtres qui n’avaient rien de commun. Une histoire de science-fiction qui a tenu ses promesses jusqu’au bout : nous faire rêver, pour oublier le temps d’une lecture notre présent. Un cahier graphique termine l’intrigue, avec des citations de philosophes ou d’écrivains. Nietzsche nous apporte-t-il une clé de lecture quand il déclare que « le rêve nous reporte dans de lointains états de la civilisation humaine et nous met en main un moyen de mieux les comprendre? »

Une BD qui relève davantage du beau livre, avec ses planches réalisées en couleurs directes et ses doubles pages, simplement superbes. Dont l’une rend un bel hommage au chef-d’oeuvre d’Arnold Böcklin, L’île des Morts. Un ouvrage de grande qualité graphique qui correspond à l’image de marque de l’éditeur, les éditions Daniel Maghen. La BD sera disponible en librairie le 29 avril prochain.

Kebek tome 2. Adamante. Par Philippe Gauckler. Editions Daniel Maghen, 88 pages, 19 euros
Couverture : éditions Daniel Maghen

https://www.danielmaghen-editions.com/catalogue/adamante/