La guerre est un dédale bien mystérieux

Par Philippe Degouy

Où s’en vont les âmes des guerriers ? Pour le narrateur défunt de ces Petites mémoires d’outre-guerre (éd. du Rocher), la réponse ne manquera pas de l’étonner : le Walhalla se trouve en plein coeur de Paris. Et plus précisément aux Invalides. Quelle drôle d’idée. « Je pensais qu’une fois mort, on traversait un long tunnel de lumière. En fait, rien de tout cela, je me trouve dans la cour d’honneur des Invalides. » Une voix (Dieu?) l’invite alors à déambuler dans le dédale mystérieux de la guerre et de son brouillard. En quête de la vérité de la guerre. Pourquoi la fait-on? Pour qui faire couler le sang?

Une histoire de la guerre à travers les siècles racontée par ceux qui ont combattu dans le camp des vainqueurs comme des vaincus. Pourquoi la guerre? Des propos tenus avec le recul permis par l’éternité, par Rommel, Guderian, Joukov, le comte Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert… Autant de figures présentes dans ce paradis, « qui semble un monde surréaliste où des généraux finissent par avoir des dialogues de malades psychiatriques. »

Breveté de l’école de guerre et ancien commandant du service action de la DGSE, le général Le Nen livre un nouvel ouvrage pour le moins original. Avec un narrateur, mort au champ d’honneur, ou du moins le pense-t-il, qui se retrouve dans la cour d’honneur des Invalides. Pour une série de rencontres fortuites avec les chefs de guerre qui ont marqué de leur empreinte sanglante l’histoire. Tous apportent leurs avis sur l’art de la guerre. Sans fard. « Au paradis des soldats, personne ne peut plus mentir sur la guerre. Qu’elle soit conventionnelle ou clandestine. » Des généraux narcissiques ou plus raisonnables. Comme avec cette vérité imparable rappelée par Joukov ; « nous ne sommes rien sans le courage et le dévouement de nos soldats. A la fin, ce sont toujours eux qui tiennent la victoire ou la défaite au bout de leurs fusils. »
Rencontre après rencontre, le narrateur, nourri de souvenirs, de témoignages, va retenir la leçon distillée par les anciennes gloires : « ici-haut, toutes les âmes se valent. »

Un ouvrage épatant, passionnant à plus d’un titre et à la conclusion pour le moins surprenante. « Dans notre métier (de soldat) on meurt toujours par amour. Pour son pays, ses camarades, le drapeau de son régiment… »

Petites mémoires d’outre-guerre. Général Nicolas Le Nen. Editions du Rocher, 163 pages, 15,90 euros
couverture : éditions du Rocher

https://www.editionsdurocher.fr/livre/fiche/petites-memoires-d-outre-guerre-9782268104713

Pour atteindre de Gaulle, il fallait viser haut

Par Philippe Degouy

Stature imposante et incontournable de l’histoire française, le général de Gaulle a inspiré plus d’un auteur. Et le plus souvent pour saluer l’héritage politique du général. Mais le grand Charles ne s’est pas fait que des amis au cours des décennies de pouvoir. Comme en témoigne l’ouvrage de François Broche, fin connaisseur du parcours du général de Gaulle. Dans son document Ils détestaient de Gaulle (éd. Tallandier) il passe en revue tous, ou peu s’en faut, les adversaires politiques qui ont voulu faire tomber l’icône de son piédestal. Car oui, de Gaulle a été haï, avec la volonté exprimée de l’abattre. Politiquement mais aussi physiquement. Avec des attentats menés sur sa personne. « Le seul argument qui aurait pu réellement le faire taire et l’empêcher d’agir » précise François Broche.
« Appartenir à l’histoire, n’est-ce pas appartenir à la haine? » dira un jour de Gaulle, conscient de son image parfois négative. « Cette haine, méprisée, dont il ne se souciait pas, ou si peu, du moment qu’il pouvait se vanter d’avoir pour lui la France. Cette France en qui il a toujours cru, même quand elle était à terre, comme en juin 1940 » ajoute l’auteur.

Très bien documenté et argumenté, l’ouvrage se révèle pour le moins intéressant. Par l’angle choisi pour aborder le mythe, à contre-courant de la bibliographie déjà rédigée. Une approche originale par l’étude des différents courants antigaullistes. Présents également parmi les alliés. Comme Roosevelt et Churchill durant les années de guerre. Mais aussi dans les rangs communistes, socialistes, parmi les anciens de l’OAS (Organisation armée secrète) ou les politiciens contemporains. Dont Mitterrand.
Qu’ont-ils reproché au général? « Son aspect physique, sa rudesse et son autoritarisme. Sans compter son talent de visionnaire, ses prises de décisions. Etait-il un homme d’un autre temps? Assurément » témoigne l’auteur. Un ouvrage complété par l’étude de l’influence du général sur ses suiveurs politiques. A l’instar du dernier en date, le président Emmanuel Macron qui, selon François Broche, met en pratique la version marketing du gaullisme en instrumentant l’image du général.

Et si, finalement, le plus bel hommage rendu au général de Gaulle était à chercher du côté de ses plus farouches adversaires? « Je n’ai pas cessé de me féliciter que de Gaulle fût notre adversaire. J’observais, déclare Jean Daniel, qu’il grandissait ses ennemis eux-mêmes. Pour l’atteindre, il fallait viser haut.« 

Une belle conclusion à laquelle François Broche ajoute une question sans réponse définitive : « existera-t-il encore au XXIe siècle des hommes de sa stature? Se réclamer de ses idées est à la portée du premier venu mais se montrer fidèle à ses idées est une tout autre affaire. »

Ils détestaient de Gaulle. Par François Broche. Editions Tallandier, 346 pages, 21,50 euros
Couverture : éditions Tallandier

https://www.tallandier.com/livre/ils-detestaient-de-gaulle/

Bastogne 44, l’enfer blanc de la Easy Company

Par Philippe Degouy

« Demandez à n’importe quel vétéran américain d’identifier le combat le plus rude auquel il a participé sur le front ouest. Pour un parachutiste de la 101 St Airborne Division, la réponse sera simple : la bataille des Ardennes » déclarait Dick Winters, commandant de la Easy Company du II/506 Th PIR (Parachute Infantry Regiment). Et popularisée par la série Band of Brothers (HBO).
L’historien Hugues Wenkin publie Sur les traces de la Easy Company à Bastogne (éd. Weyrich), une nouvelle édition de son récit du siège de Bastogne durant ce terrible hiver 1944-45. Avec le suivi d’une compagnie de paras américains, celle de la fameuse Easy Company.

Pour l’anecdote, c’est en camions, souvent ouverts, que les paras de la 101e AD relient Bastogne pour face face à la poussée allemande. Une division rassemblée et équipée en deux jours, un exploit qui permettra aux Américains d’arriver à temps, le 19 décembre. Deux jours plus tard, Bastogne est complètement encerclée par les Allemands. Débute alors un siège digne d’un western. Des paras qui ont su tenir le coup grâce à la présence dans la nasse de blindés et d’une artillerie conséquente et efficace.
Si les paras de la Easy restent en position défensive dans un coin relativement calme du front, ils n’ont pas eu la vie facile pour autant. Victimes des barrages d’artillerie allemands et surtout des conditions climatiques terribles. « Les pires périodes étaient les nuits quand le brouillard couvrait le champ de bataille. L’incertitude sur ce qu’il y avait un mètre au-delà de la première ligne d’arbres était suffisante pour briser n’importe quel homme. »

Outre le récit du siège de Bastogne, devenu légendaire dans les manuels, Hughes Wenkin a glissé également de nombreuses anecdotes. Comme celle liée à l’initiative du sous-lieutenant Ed Thomas. Qui, pour se réchauffer , empilait les cadavres allemands au-dessus de son trou de fusilier.

Richement illustré de clichés et de cartes, l’ouvrage fait la part belle aux témoignages de vétérans.
Un document qui se referme sur un road-book de quelque 50 kilomètres. Pour suivre les traces de la Easy autour de Bastogne et de certains lieux historiques. Comme le fortin Boggess où a été brisé le siège.
Avec nos frontières fermées, voilà une bonne idée d’excursion pour découvrir une superbe région et un peu de notre passé, pas si lointain. Un auteur qui ne manque pas non plus de rendre l’hommage mérité à la jeune infirmière belge Renée Lemaire, tuée par une bombe allemande tombée sur l’hôpital américain où elle travaillait. La jeune femme n’a jamais été oubliée par les vétérans de 101e AD.
Des paras américains qui ont exécuté les ordres jusqu’au bout  : tenir. « Personne ne devrait être surpris de ce qu’a fait la 101st Airborne Division à Bastogne.  C’est ce que l’on devrait attendre à tout moment des troupes aéroportées » expliquait le général Anthony McAuliffe, héros de Bastogne.

Sur les traces de la Easy Company à Bastogne. Nouvelle édition. Par Hugues Wenkin. Editions Weyrich, 146 pages, 19,50 euros
Couverture : éditions Weyrich

Ces témoins d’acier rescapés de l’enfer

Par Philippe Degouy

Quand le souffle de la guerre retombe sur l’Ardenne après cette terrible bataille de l’hiver 1944-1945, la région est dévastée. Avec des villages calcinés, des forêts éventrées et la présence d’un vaste cimetière de véhicules militaires. Si aucun décompte précis n’existe, on peut estimer à plus de 550, les pertes en blindés allemands pour quelque 2000 blindés américains. Aujourd’hui, bien peu d’entre eux ont survécu aux dégâts du temps qui passe et du travail des ferrailleurs. Il ne reste qu’une bonne dizaine de blindés, devenus des survivants de l’enfer ardennais. Fiers et toujours impressionnants.
Avec Les Témoins d’acier, réédité chez Weyrich éditions, Hugues Wenkin et Christian Dujardin proposent de retracer le destin de cinq d’entre eux. Les chars que l’on peut découvrir à Bastogne, Clervaux, Houffalize, Wibrin et Wiltz. Quatre Sherman américains et un Panther allemand.

«À l’heure où les combattants sont pratiquement tous au crépuscule de leur existence, les épaves de chars que l’on rencontre aux détours de nos chemins sont des témoins impartiaux. Prêts à raconter leur histoire» explique Hugues Wenkin. Dans leur ouvrage, richement illustré, les auteurs ont choisi trois angles d’approche : la conception des blindés, le contexte de leur mise hors de combat et la survie de ces épaves après le conflit.

Sans doute le plus photographié, le Sherman de Bastogne a connu une histoire peu commune. Aujourd’hui, le Barracuda, son nom de guerre, a bonne mine depuis sa restauration. Toujours prêt à poser devant les touristes, à côté du buste du général américain Anthony «nuts» McAuliffe. Une restauration réalisée également pour son ennemi d’antan, le Panther d’Houffalize. Un vétéran de la bataille de Normandie qui a fini sa sinistre carrière chez nous, en défendant la retraite allemande.

Quant au Sherman de Wibrin, petit village situé à l’écart des circuits touristiques, il mérite le déplacement pour son intérêt historique. «Ce qui reste en place permet d’appréhender les différentes épaisseurs de la carcasse du Sherman, de découvrir les stigmates d’un affrontement blindé et de voir les effets d’un sabotage mené en bonne et due forme par l’équipage» soulignent les auteurs.
Deux auteurs, fins connaisseurs de la chose blindée, qui réussissent à transmettre leur passion pour l’histoire de ce conflit qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Le récit est ponctué d’anecdotes, de témoignages. Il évite aussi le côté trop pointu, pour rester accessible et donner envie d’aller voir ces bêtes de guerre sur place. Dans leur environnement.

Des engins de mort devenus aujourd’hui des atouts touristiques de premier plan. Photographiés chaque année par des milliers de touristes, et caressés comme pour oublier leur instinct de tueur.
Pour les amateurs de tourisme militaire, un roadbook bien détaillé clôture l’ouvrage. Soit quelque 100 kilomètres d’un itinéraire très bien fléché pour traverser et visiter une région magnifique, qui a vaincu le feu et la mitraille.

Les témoins d’acier. Par Hughes Wenkin et Christian Dujardin. Gros plans sur les chars de Bastogne, Clervaux, Houffalize, Wibrin et Wiltz. Nouvelle édition. Éditions Weyrich, 128 pages.
Couverture : éditions Weyrich
https://www.weyrich-edition.be/temoins-acier-wenkin-dujardin#.YFC4I2hKhPY

Bastogne dans le brouillard de la guerre

Par Philippe Degouy

Hiver 1944. Bastogne tient grâce aux paras de la 101e AD américaine avant d’être libérée par les chars de Patton en guise de cavalerie mécanisée. L’image d’Epinal véhiculée par les livres et les films. Et combattue avec véhémence par Hughes Wenkin, tout comme celles d’une région mal défendue par les Américains et d’une offensive surprise. Avec La percée allemande. Bastogne tome 1 (éditions Weyrich), l’historien livre le fruit d’une étude approfondie sur ces erreurs qui continuent aujourd’hui encore à être acceptées comme véridiques.
Alors, non, l’auteur ne renie pas le statut de héros des paras américains. Mais il souhaite rappeler le rôle majeur tenu par tous les autres soldats qui ont subi de plein fouet le choc de cette percée allemande. Une offensive prévue par Hitler peu de temps après la campagne de Normandie, alors que le sort de l’Allemagne nazie était déjà scellé.
Après le récit de la genèse de ce dernier sursaut sur le front Ouest, l’auteur aborde cette assertion tenace depuis la fin de la guerre : les Alliés ont fait face à un effet de surprise total. Avec une région peu préparée. Rien n’est plus faux, comme l’historien l’explique : « Pour les généraux alliés qui souhaitaient pousser les Allemands à mener une guerre de mouvement pour mieux les anéantir, une bataille dans un terrain aussi spécifique que les Ardennes était vue comme une opportunité. » Mais la faillite du renseignement allié va apporter son grain de sable. Avec des messages captés qui ne sont pas transmis. Et aux conséquences sanglantes. « Les Américains estiment être en face d’une force deux fois moins importante qu’en réalité. Voilà l’élément de surprise, mais non l’offensive en elle-même, à laquelle Eisenhower s’attendait  » souligne l’auteur. Des Ardennes bien défendues, oui, mais d’une manière indirecte. Avec des troupes destinées à briser les flancs allemands. Un plan allié qui n’a pas fonctionné comme prévu, avec une bataille terriblement meurtrière et longue, et dont les premiers jours de combat sont racontés avec l’angle du fantassin de première ligne, soumis au feu allemand et au froid, terrible. Un front qui n’a jamais cédé malgré les pertes effroyables en plusieurs endroits.

Un premier volume d’une nouvelle collection, passionnant et documenté, qui se termine avec la course contre la montre entamée par les deux camps pour atteindre et tenir Bastogne. Si les paras ont pu arriver les premiers et tenir le choc, c’est grâce aussi et surtout au sacrifice réalisé par les GI’s de première ligne, qui ont combattu à 1 contre 10 pour ralentir la progression allemande et gagner ainsi un peu de temps précieux. Ces héros, ce sont notamment les hommes de la 28th Infantry Division, qui ont subi le choc de 6 divisions allemandes. C’est à ces soldats, morts dans nos forêts d’Ardenne, longtemps oubliés par la littérature historique, qu’a voulu rendre hommage Hughes Wenkin avec son ouvrage. Un premier tome richement illustré, qui rappelle, une fois encore, toute l’importance d’un regard neuf sur cette période de l’histoire, fortement chargée en émotion et en clichés infondés.

Ardennes 1944, le destin oublié des GI’s de première ligne

Bastogne. Tome 1. La percée allemande. Par Hughes Wenkin. Editions Weyrich, 184 pages, 35 euros
Couverture : éditions Weyrich

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Mook 1944, Patton et Bastogne revisités

Par Philippe Degouy

Aux Etats-Unis comme ailleurs, Bastogne est synonyme de victoire américaine décisive dans la bataille des Ardennes. Comme le début de la fin de l’offensive allemande. Une ville associée au génie militaire du général Patton, libérateur de la ville avec une percée épique. Une image d’Epinal longtemps véhiculée par les médias américains et battue en brèche par le nouveau Mook 1944 n°5 (éditions Weyrich) au titre qui annonce d’emblée la couleur : « Patton mis au pas à Bastogne. »
Non, le sort de la bataille des Ardennes ne s’est pas joué à Bastogne, loin « d’être l’épicentre de la bataille des Ardennes« , comme le rappelle Hughes Wenkin dans l’introduction. Avant d’ajouter que « ce n’est pas à Bastogne qu’on a tiré le plus de cartouches. Les paras de la 101e AD ne peuvent pas occulter les sacrifices des GI’s dans leurs trous de fusiliers pour stopper et repousser les Allemands. » Certes le front a résisté « mais l’opportunité de saigner la Wehrmacht s’est envolée au prix de pertes alliées énormes. » Au point de qualifier la bataille des Ardennes de match nul, sans vainqueurs. La faute aux erreurs de Patton, qui n’a pas su exploiter certaines opportunités? Un débat qui fait front parmi les nouveaux historiens, peu sensibles au mythe qui entoure le général. Le portrait de cette icône dressé par Jean-Claude Marthoz explore la face sombre, avec objectivité. Même si, comme le précise le journaliste, « personne n’est neutre quand il s’agit de Patton« . Un général fort en gueule, gaffeur avec la presse et partisan d’une Amérique forte, blanche et chrétienne. Le modèle de l’ancien président Donald Trump. Qui aurait pu en douter?

Il reste tant à raconter

Une terrible bataille des Ardennes incarnée par deux récits de combats marquants, comme à Lutrebois et au Schumann’s Eck. Les équipements ne sont pas en reste avec un dossier étoffé et constructif de Clément Binon sur les chars Tiger I et II. Deux monstres qui ont souffert du terrain ardennais peu adapté.
De nombreux autres articles surprennent le lecteur, l’emmènent vers des sujets peu traités auparavant. Comme ces crimes de guerre alliés, souvent occultés, parfois dilués dans les affres des combats. Un sujet proposé par Jean-Claude Marthoz. Clément Tahir revient quant à lui sur le système D qui a dominé sur le front avec des GI’s dotés de tenues loin d’être suffisantes pour faire face au redoutable froid de l’hiver 1944.
Deux sujets parmi d’autres, à découvrir dans un numéro toujours aussi riche en clichés inédits. Sans oublier le traditionnel parcours à effectuer sur le terrain, avec carte et itinéraire à suivre. Une sortie pour le moins originale proposée par ce tome 5 qui se lit jusque la dernière ligne.

Note : Outre celle de cet ouvrage, la lecture du nouveau livre de l’historien Hugues Wenkin constitue un heureux complément. 1944 La percée allemande. Tome 1 Bastogne (éd. Weyrich) constitue le premier numéro d’une collection, qui reprendra toutes ces informations qui ne peuvent trouver place dans le Mook 1944. Une initiative qui prouve une fois encore que tout n’a pas encore été publié sur ce conflit. Tant s’en faut. La nouvelle génération d’historiens apporte un regard différent, plus critique et plus distant. Une génération qui n’a pas connu la guerre et tout le volet émotionnel annexe. Un ouvrage qui sera chroniqué prochainement.

Patton, des victoires et des occasions manquées en Ardenne, 1944.

Mook 1944 n°5. Patton mis au pas à Bastogne. Par Jean-Paul Marthoz, Jacques Wiacek, Philippe Carrozza, Daniel Ruelens, Clément Tahir, Frank Rockenbrod, Hughes Wenkin, Christian Dujardin, Louis Eloy, Guy Pierrard… Editions Weyrich, 206 pages, 24,50 euros
Couverture : éditions Weyrich

https://www.weyrich-edition.be/mook_1944/mook-patton-bastogne#.YB-pS-hKhPY

Bastogne 1944, les témoins racontent

Par Philippe Degouy

Le nombre de survivants de la bataille des Ardennes, civils comme militaires, se réduit inexorablement. Bientôt ne resteront que des souvenirs, des témoignages transmis de génération en génération. Il n’en faut pas plus donc pour savourer davantage ces Ultimes confidences recueillies par le journaliste Philippe Carrozza pour les éditions Weyrich. Un travail patient de récolte de détails à recouper, de témoignages à vérifier avec l’esprit critique nécessaire.
Des témoignages en forme d’instantanés d’une bataille terrible, qui a décimé aussi bien les belligérants que les Ardennais pris au piège.
Ce sont cinq témoins qui racontent leur vécu. Une jeune fille, un brancardier belge engagé dans le service médical de la 101e AD, deux jeunes Belges et un commandant de char allemand. Des récits qui humanisent les ouvrages militaires déjà consacrés à la bataille. Et à travers les lignes de ce volume transpirent l’émotion et la peur, toujours bien présentes dans les mémoires des témoins. Ce que ces gens ont vécu n’est plus compréhensible aujourd’hui. De quoi relativiser aussi notre confinement qui n’a vraiment rien à voir avec le sort vécu par les civils, bloqués dans les caves durant des nuits et des nuits. Fermons la parenthèse.
Ce document, richement illustré de clichés souvent inédits, permet de découvrir des pans de l’histoire avec des témoignages des premières lignes. Côté allemand, le lieutenant Bauer, vétéran du front de l’Est et de la bataille de Normandie, était persuadé de pouvoir atteindre ses objectifs, avant de découvrir que la réalité de terrain était loin d’être favorable aux blindés allemands. Un officier qui s’étonne aussi du manque de férocité des tankistes alliés. Jugés « prudents, trop prudents. (…) Et c’est pour cela, à mon avis, que les combats ont duré plus longtemps que prévu sur le front Ouest. »
Des combats qui ont fait de nombreuses victimes, situation racontée par Georges Michils, jeune brancardier belge. Son témoignage a été longtemps mis en doute, mais il apporte néanmoins une vision dantesque de la situation vécue dans Bastogne en ce terrible mois de décembre 1944. Rendu plus rude par les conditions hivernales. Le froid, cet autre ennemi présent sur le front, et si difficile à supporter par les témoins. Comment peut-on s’imaginer ces civils bloqués dans des caves par -20 degrés et sans pouvoir se chauffer ou bouger?

Avec ces témoignages de derniers survivants, l’auteur livre un ouvrage qui s’inscrit dans la démarche du passage de mémoire. Tout en gardant à l’esprit que ces récits peuvent être déformés, volontairement ou pas, par les témoins. Une fiabilité des témoignages sur laquelle revient d’ailleurs l’historien Hughes Wenkin. Avec la difficulté, parfois, de croiser les faits et les récits. Il faut alors faire confiance, et enquêter sur le terrain. Encore et encore.
« Nos témoins nous prennent par la main et nous emmènent dans une période qu’aucune personne censée n’aurait voulu vivre. » précise Hughes Wenkin en guise de conclusion à ce document. Résumé en une phrase par les témoins civils : « ce ne fut pas sans souffrance que nous fûmes délivrés de ces sales boches. »

Ce terrible Noël 1944 à Bastogne

Ultimes confidences. Le siège de Bastogne par ses derniers survivants. Par Philippe Carrozza. Editions Weyrich, 280 pages, 18 euros
Couverture : éditions Weyrich

Les Marines, les « chiens du diable »

Par Philippe Degouy

Davantage qu’un ouvrage historique US Marines. Semper Fi (éd. ETAI), rédigé par Colin Colbourn, se lit comme un hommage photographique. Rendu à ces troupes d’élites américaines qui ont construit leur légende sur tous les champs de bataille du globe. Aujourd’hui, ces femmes et ces hommes n’ont plus rien à prouver quant à leur valeur. Présents dans toutes les guerres impliquant les intérêts américains.
Un corps d’élite créé au 18e siècle à l’image du corps des Royal Marines Britanniques. Dès leurs premiers engagements extérieurs, on les retrouve des rives de Tripoli au Mexique. Leur légende prendra réellement naissance durant leur engagement en Europe lors de la Première guerre mondiale, avec la célèbre bataille de Bois Belleau tenue en juin 1918. La victoire ne sera remportée qu’au prix de 8000 tués et un surnom gagné par le sang versé : « les chiens du diable ».
Ils reviendront au pays auréolés de cette image d’unité d’élite dotée d’un esprit de corps unique.
Plus tard, les Marines combattront durant toute la guerre du Pacifique, de 1941 à 1945, avant de servir en Corée, au Vietnam et dans tous les guerres ultérieures dont celles d’Irak ou d’Afghanistan.
Autant de théâtres d’opérations présents dans ce beau livre aux photos pleine page. Des clichés pris en action, parfaits pour inspirer les maquettistes en recherche d’idées de dioramas.

L’ouvrage permet de découvrir les phases d’entraînement, les multiples opérations menées, les équipements. Du fusil d’assaut au jet F-35.
Des Marines qui peuvent être rapidement déployés, partout, grâce à leur équipement de pointe. Pour mener des combats sur terre, sur mer ou dans les airs. Et notamment dans la lutte contre le terrorisme ou le soutien aux populations en cas de catastrophe naturelle.
Ce qui explique la formidable diversité des équipements mis à disposition de ces soldats devenus le bras armé de la diplomatie américaine.
Comme le précise l’auteur, « lorsqu’on fait appel à eux, les Marines ont la capacité d’établir immédiatement leur supériorité sur le champ de bataille. » De quoi justifier pleinement leur devise latine, Semper Fidelis (ou Semper Fi), Toujours fidèle!
Un beau livre à l’iconographie de belle qualité qui trouvera sa place dans la bibliothèque de tout passionné d’histoire militaire.

Troupes d’élite, les Marines ont forgé leur légende sur le terrain.

US Marines. Semper Fi. Par Colin Colbourn. Editions ETAI, 225 pages.
Couverture : éditions ETAI

https://www.editions-etai.fr/a-paraitre-et-pre-commande/5731-les-marines-9791028304522.html

Tonneau de victoire pour un moustique

Par Philippe Degouy

Quand on évoque la Royal Air Force des années 40, les premiers noms qui viennent à l’esprit sont les Spitfire, Hurricane et Lancaster. Autant de stars de cinéma et vedettes des shows aériens. Mais plus rarement est évoqué le Mosquito, produit par la société De Havilland. Une erreur au vu de l’importance de cet appareil, à la fois magnifique et apprécié de ses pilotes.
Raison de plus pour apprécier davantage ce hors-série du magazine Aero-Journal (éditions Caraktère)  rédigé par Luc Vangansbeke. Il rend ainsi un bel hommage à la merveille de bois, le Mosquito ou Mossie pour les intimes.
Un avion à la genèse bien britannique, conçu dans un château hanté, et dont les atouts résidaient dans sa vitesse et ses capacités à haute altitude. Nombreuses sont les anecdotes relatives à ce bimoteur polyvalent, à la gamme de missions quasiment infinie : reconnaissance, chasse, bombardement… Etonnant, le chapitre relatif aux missions d’exfiltration de personnalités en territoire occupé.
mosquitoConstruit à quelque 6750 appareils durant le conflit mondial, le Mosquito a survolé tous les théâtres d’opération avec comme particularité de ramener plus d’un pilote à la base malgré des dégâts conséquents.
Un hors-série riche en clichés étonnants. Comme celui qui montre un Mosquito de retour de mission, presque carbonisé après être passé dans un mur de flammes causé par l’explosion en vol d’un Do217. Une photo parfaite pour inspirer les maquettistes.
Comme le précise l’auteur dans ce qui pourrait être la conclusion idéale, « qui pourrait imaginer en voyant cet avion aux lignes aussi parfaites que le Mosquito est construit en grande partie par des fabricants de meubles et des artisans qui, jusque-là n’avaient jamais eu le moindre contact avec le monde de la production aéronautique? »

De Havilland Mosquito. La terreur de bois. Par Luc Vangansbeke. Hors-série Aero-Journal n°36. Editions Caraktère, 114 pages, 14,90 euros. Couverture : éditions Caraktère
http://www.aero-journal.com/mosquito.php

Un Tiger I à la descendance agressive

Par Philippe Degouy

Après un premier tome exclusivement consacré à la genèse du Tiger I et des Panzer Abteilungen 501 à 510, les éditions Caraktère poursuivent sur leur lancée avec Achtung Tiger! volume 2, dédié à la lignée du Tiger I. Le Tiger II et ses dérivés, le Jagdpanzer VI Ausf B et le Panzerjäger. De sacrés fauves qui ont donné du fil à retordre aux tankistes alliés. Il fallait être à la fois courageux et fou pour s’attaquer à ces chars lourds capables d’engager le combat à plus de 3 kilomètres de distance. Plus d’un équipage de Sherman ou de T-34 n’a jamais vu l’ennemi qui l’a tué.

 

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Avec ces deux ouvrages historiques consacrés au Tiger, il n’est pas question de verser dans l’apologie d’un régime ou de faits de guerre. Les as sur panzer sont évoqués par les auteurs mais sans mise en avant. Le grand public ne connaît probablement que le plus célèbre d’entre eux : Michael Wittmann (138 victoires). Un tankiste disparu sur le front de Normandie en août 1944.
L’objectif des ouvrages est de présenter les forces et faiblesses de ces chars lourds, bien adaptés au front de l’Est, qui ont souvent servi de points d’appui mobiles pour tenter de stabiliser le front ou, au contraire, de provoquer un point de rupture dans les défenses adverses. Force est de constater que ces chars lourds, même s’ils n’ont pas pu endiguer le flot de blindés lancés à l’assaut de l’Allemagne nazie, ont mis hors de combat entre 1942 et 1945 quelque 10.000 blindés adverses. Comme pour les autres publications de l’éditeur, l’iconographie se révèle soignée et inédite. De quoi permettre aux maquettistes de trouver de l’inspiration et la documentation nécessaire au montage de modèles détaillés et originaux.
Des chars qui ont combattu jusqu’aux dernières semaines du conflit, et dont certains ont connu un funeste destin dans l’après-guerre. Comme ces Tiger II qui ont servi de cibles pour l’armée suédoise. L’ouvrage se révèle riche en anecdotes méconnues et qui brisent également à briser des idées reçues sur la famille des Tiger.
Deux albums que l’amateur d’histoire peut compléter par les mémoires d’Otto Carius (éd. Overlord), Des Tigre dans la boue. Un tankiste allemand qui a combattu à bord d’un Tiger. Son témoignage se révèle riche d’enseignements lui aussi.

Achtung Tiger! Le char Tigre au combat tome 2. Ouvrage collectif rédigé par l’équipe rédactionnelle des éditions Caraktère. 202 pages, 39,90 euros.
Couverture : éditions Caraktère
http://www.caraktere.com/Tiger1.htm